• Transgressions

    Transgressions

    Tout le temps que Charles a été chapelain au couvent de Trois-Rivières, il a cherché à contourner les règles afin de voir ou de s'entretenir avec Marie. Elle a eu la même attitude. Ajoutons la complicité de Léo Vaillancourt. Dans les trois cas, malgré la prudence, tout ceci a fini par être noté par les religieuses et la direction du lieu. Trois exemples : Léo Vaillancourt fait en sorte que les deux religieux se rencontrent dans la cuisine des converses. Marie accompagne sans autorisation des soeurs vers la maisonette de Charles. Ce dernier profite de la fin des confessions pour parler amicalement avec Marie. Les religieuses vivant dans un milieu très réglementé et discipliné, les initiatives du trio paraissent gauches et inciteront les autorités du diocèse à muter Charles très loin de Trois-Rivières, c'est à dire en Abitibi.

    Dans l'extrait suivant, Charles se sert maladroitement de la religion pour transgresser l'intimité de Marie et entrer dans sa cellule, sous prétexte de la confesser parce qu'elle est malade.

             « Personne n’échappe à la confession, révérende mère.

             - Monsieur Gervais, nous connaissons notre devoir et nous y sommes fidèles avec la plus grande foi.

             - Et notre romancière ? Si vous croyez que je n’ai pas noté son absence, vous vous trompez.

             - La pauvre est alitée mais je puis vous assurer que malgré son mal, elle a été réveillée en même temps que les autres et qu’elle a offert à Dieu ses prières à l’heure de la messe.

             - Malade ? Dessein du diable ! La confession devient de première nécessité.

             - Je vais la faire transporter à l’infirmerie.

             - Il faut la confesser tout de suite.

             - Dans sa cellule ? C’est que notre règle…

             - Et si elle mourait, le temps de la déplacer ?

             - Je vous obéis, monsieur Gervais. »

             La mère supérieure lève les yeux vers le plafond, pensant : « Comme si nous ne savions pas que sœur Marie-Aimée-de-Jésus est la favorite du chapelain. » En entrant dans le lieu clos et secret, Charles pense tout de suite à la description faite par Léo Vaillancourt : des livres et des livres partout. Joli péché de la mère supérieure : Marie est si profondément endormie qu’elle n’a assurément pu se lever pour prier à chaque instant de la durée de la messe. Elle secoue l’épaule de la malade. Sœur Marie-Aimée-de-Jésus sursaute en voyant le prêtre. Elle monte immédiatement la couverture jusqu’à son cou. Le bonnet de nuit, déplacé, laisse légèrement paraître ce que le prêtre n’avait jamais osé imaginer : la couleur noire de cheveux de la religieuse. La table de chevet déborde de papiers mouchoirs, causant un désordre entre un verre d’eau et une bouteille de sirop. La confession appelle à l’intimité.

             « Ce n’était pas nécessaire, monsieur Gervais.

             - Pas nécessaire ? Et si Dieu vous emportait ?

             - Vous devriez savoir qu’à l’image de celles de ce couvent, je prie toujours et demande pardon pour mes péchés à Notre Seigneur, avant de me coucher. De plus, vous savez que les péchés que je viens de vous confesser n’étaient que des…

             - C’était nécessaire.

             - Vous accomplissez votre devoir. Je vous comprends.

             - Prenez soin de vous et écoutez la sœur garde-malade », fait-il en lui prenant affectueusement la main.

             Marie l’assure que ses grippes, si violentes soient-elles, ne durent jamais longtemps. Il lui laisse la main pour la poser sur son front. « Vous bouillez de fièvre. » Faux ! Marie le laisse faire, devinant qu’elle va souvent penser à la chaleur de ce toucher, au scénario qu’il a dû expliquer à la révérende mère pour satisfaire sa grande curiosité de voir les livres de sa cellule. En même temps, l’enseignante craint que la femme n’enquête sur les relations entre les deux religieux. Il devient alors impératif de les espacer, de les rendre très discrètes.

     

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