• Marie et les autres religieuses

    Hors à l'endroit de son amie Véronique-du-Crucifix et lors de son séjour à Sept-Îles, Marie n'entretient pas de bonnes relations avec les autres religieuses. La tiédeur de sa foi n'aide pas à corriger la situation. Marie est mal accueillie au couvent de Sherbrooke, alors qu'à Québec, pendant qu'elle fait partie du comité gouvernemental de la réforme scolaire, Marie est perçue par les autres comme une menace à leur univers. À Roberval, l'accueil est glacial. Les raisons de ces attitudes ? Les mêmes que chez la plupart des Québécois, se méfiant des intellectuels. Par sa situation privilégiée de pédagogue, Marie a souvent droit à des faveurs que les autres n'ont pas, faisant naître la jalousie et le mépris. L'extrait suivant, se déroulant à Trois-Rivières, montre bien l'attitude de la soeur infirmière face à Marie, tout comme il démontre que notre héroïne prenait certaines libertés que les autres n'auraient jamais pu imaginer.

     

             « Je vous accompagne, ma sœur.

     

             - On ne m’a pas informée d’une autorisation de cette sorte.

     

             - Il n’y en a pas. C’est une initiative personnelle.

     

             - Retournez à vos occupations. Est-ce que j’entre dans vos classes pour vous assister ? Je n’ai pas besoin de vous. Je connais mon métier, sœur Marie-Aimée-de-Jésus.

     

             - Et si c’est très grave ?

     

             - Alors, j’aviserai. Si vous tenez tant à aider le blessé, allez prier pour lui à la chapelle. »

     

             Rien à faire pour que cette têtue entende raison ! « Elle va au devant d’ennuis, cette jeune sotte. Elle l’aura voulu. » Le chapelain marche doucement autour de sa maisonnette, bréviaire à la main. Quand il se retourne, les deux sœurs voient qu’il s’est fabriqué un bandage d’infortune. « Ce n’est pas distingué pour servir la messe, mais que puis-je y faire ? » La garde-malade insiste à se porter seule juge de la nature de la blessure. Elle ferme la porte au nez de Marie, après avoir autoritairement pointé un doigt en direction du couvent.

     

             « Laissez-la entrer, ma sœur. 

     

             - Cette impertinente prétentieuse n’a pas d’autorisation et se mêle de ce qui ne la regarde pas.

     

             - Voilà trois médisances en une seule phrase, ma sœur. Ouvrez-lui la porte. »

     

              Le chapelain se rend compte rapidement que Marie pleure un peu, tout en gardant les mains jointes et la tête baissée. Le pansement, posé maladroitement, doit être changé. Sœur Marie-Aimée-de-Jésus devient ainsi l’aide de l’infirmière furieuse en tenant la ouate en place, pendant que la spécialiste coupe une bonne longueur de tissu. Le regard de Charles se pose dans celui de Marie, pendant ce court instant où l’infirmière a le dos tourné. Dix secondes de vie qui vont meubler leurs pensées pour les prochains mois.

     


    votre commentaire
  • Expo 67

    L'exposition universelle Terre des Hommes, tenue à Montréal en 1967, a été un point tournant de l'histoire du Québec. Charles en est très friand, visitera à plusieurs occasions avec un grand enthousiasme. Symboliquement, les deux rencontres qu'y feront Charles et Marie marquent aussi un point tournant dans le roman. La place des Nations (carte-postale ci-haut) est leur lieu de rendez-vous et c'est là que Charles annoncera à son amie qu'il a décidé de redevenir laïc, idée qui scandalisera la femme.

    Voici une séquence avec les religieuses visitant Expo 67 et la première rencontre entre Charles et Marie. C'est la première fois qu'elle le voit sans sa soutane.

             Marie prend place avec vingt autres religieuses dans un autocar, qui en cueillera d’autres au couvent de Trois-Rivières. Elles oublient les règles de discrétion et deviennent bavardes comme des oiselets. Il paraît que… On dit que… J’ai entendu dire que… On m’a assurée que… Le reste des phrases est complété par des adjectifs qualificatifs et des interjections. Sœur Marie-Aimée-de-Jésus ne participe pas à ces gamineries. Elle pense surtout aux retrouvailles avec son ami. La voilà en train de songer qu’elle ne s’est pas toujours montrée aimable, ces derniers temps.

             Les îles de Terre des Hommes rayonnent. Les sœurs pointent leurs nez vers les hauteurs, oubliant de regarder devant elles. Chacune a préparé sa visite de pavillons particuliers, mais ce maelström de couleurs, d’odeurs et d’émotions leur fait oublier la rigueur de leur démarche. Elles veulent tout voir à la fois, comme des fillettes en vacances. Elles partent en petits groupes, les unes vers l’Asie, les autres vers l’Europe. Marie ne sait pas où donner de la tête et décide enfin de se joindre à l’interminable filée devant l’imposant pavillon de l’Union soviétique. « Ironique, en fin de compte. Une sœur qui veut voir l’œuvre du peuple communiste par excellence. Après tout ce qu’on nous a enfoncé dans le crâne à leur propos… » dit-elle à son jeune voisin. Midi approchant, elle décide de laisser tomber, après quarante minutes d’attente sous le soleil.

             La Place des Nations représente symboliquement un lieu intéressant pour un rendez-vous. En approchant, elle aperçoit Charles faisant les cent pas. Il tend les mains, lui sourit. Elle rougit en le regardant de la tête aux pieds, découvrant son ami sans soutane. S’il ne portait pas le col romain, il ressemblerait à un vendeur d’assurances ou de voitures usagées. Il a perdu beaucoup de cheveux et le reste grisonne.

             « Vous devriez porter la barbe.

             - Vous croyez ?

             - Pour un bibliothécaire, cela vous donnerait un air de sage.

             - Peut-être pourrais-je devenir père Noël dans un grand magasin.

             - Vous seriez excellent, monsieur Gervais.

             - Trêve de plaisanteries, ma sœur. Si vous saviez tout le bonheur que je ressens en vous retrouvant.

             - Ça me fait plaisir aussi.

             - Il y en tant de merveilles ici et pourtant, en cet instant, vous les surpassez toutes.

             - Je suis le pavillon sœur Marie-Aimée-de-Jésus, la religieuse qui a ébloui un premier ministre de la province grâce à ses connaissances à un lointain roman  sera transformé en émission de télévision. Au fond, je demeure votre bonne amie de toujours.

             - Je suis heureux de cet aveu. J’ai tant craint, depuis mon départ de Victoriaville… Allons sur l’île Notre-Dame ! Il faut absolument que vous voyiez la Place d’Afrique ! Exquis et tellement enrichissant ! » 

     


    votre commentaire
  • Marie la romancière

    Au cours des années 1940, Marie écrit des courts romans historiques destinés aux enfants. Avec l'appui de l'épiscopat, cette initiative devient rapidement populaire. La religieuse avait comme objectif de faire connaître l'Histoire du Canada de façon agréable, mais à mesure que les livres sont publiés, elle perd le goût de cette création, d'autant plus que le clergé cherche à contrôler le contenu des fictions. Elle abandonne et, peu de temps après, elle considère ces romans avec mépris.

    Suite à une suggestion de Charles, Marie écrit un roman historique pour adultes, publié sous un pseudonyme et qui connaît un cuisant échec. Cependant, une quinzaine d'années plus tard, un producteur de la télé met la main sur ce texte et désire le transformer en téléroman. Voici l'extrait de la rencontre entre Marie et cet homme. La description que Marie fait de son roman ressemble étrangement à mes propres livres Ce sera formidable et Le Petit Train du bonheur...

    - Pourquoi alors ce pseudonyme de Françoise Gervais ?

    - Je n’étais pas d’accord avec l’idée d’utiliser un faux nom. Françoise était mon prénom laïc et Gervais celui de famille d’un ami.

    - Et ça n’a pas réellement fonctionné, ce roman ?

    - Environ trois cents copies ont été vendues.

    - C’est injuste.

    - Je vous remercie, monsieur. J’avais travaillé quatre ou cinq années à la création de ce texte, le tout hors des heures que je devais consacrer à mes devoirs d’enseignante et de religieuse. Je me levais avant le jour pour écrire, chaque nuit. Le texte a bénéficié de recherches précises pour recréer le Trois-Rivières de l’époque décrite. Tous les lieux nommés, de commerçants, de personnages publics, enfin, tout le décor respectait la ville telle qu’elle était à la fin du dix-neuvième siècle et au début du présent siècle.

    - Voilà précisément cet aspect qui m’a fasciné.

    - Et vous désirez que ce roman oublié devienne un feuilleton à la télévision ?

     


    votre commentaire
  • Mes autres romansMes autres romans

    Les bonnes soeurs est mon neuvième roman. Les publications précédentes furent : Ce sera formidable (2009, VLB Éditeur), Des trésors pour Marie-Lou (2003), Les Fleurs de Lyse (2002), Contes d'asphalte (2001), L'Héritage de Jeanne (2000), Perles et chapelet (1999), Le Petit Train du bonheur (1998), ces six derniers livres publiés par les Éditions JCL (Il existe aussi des copies chez Québec Loisirs). Le tout premier roman : Tremblay et fils (1996, Cerrdoc).

    Le maché saturé étant ce qu'il est, tous ces livres sont maintenant hors commerce, mais vous pouvez les trouver dans les bibliothèques publiques.

    Pour en savoir davantage sur ces romans et sur mon expérience d'auteur, je vous invite à visiter le blogue suivant :

    http://marioromans.eklablog.com/?680641

     


    votre commentaire