• Personnage : Charles

    Personnage : Charles

    Charles Gervais est le fils d'une famille ouvrière canadienne établie dans une petite ville industrielle de Nouvelle-Angleterre. Cette origine modeste transparaît alors qu'il a du mal à se faire entendre par les fils de riches d'un séminaire et quand il traite avec mépris ses paroissiens favorisés de Victoriaville. L'homme, au début du roman, apparaît parfois hautain, ayant la réputation d'un théologien. Peu à peu, un certain naturel reprendra le dessus, à mesure qu'il se frottera à des gens simples. Cet homme au physique athlétique a une grande passion : le baseball !

    Charles Gervais prend peu de décisions. Plus que souvent, il emprunte des idées aux théories de la pédagogue Marie. Plus tard, il vivra un certain complexe face à la religieuse savante. D'une certaine passivité enrobée de religiosité, Charles deviendra un homme sarcastique, cynique, plus terre à terre.

    Très vite, il est fasciné par Marie. L'extrait suivant, lors de sa tâche comme chapelain du couvent de la congrégation de Marie, le prouve très bien.

             Le prêtre doit se faire violence et user de son autorité envers celle dont il apprécie tant les visites, même si elles violent souvent la règle spécifiant que les religieuses doivent toujours se déplacer en duo. Il garde le secret, car lui-même a déjà tenté de la rencontrer en tête à tête, loin du regard des autres. Charles Gervais a depuis longtemps compris que son amie n’était pas la plus dévote des religieuses. Marie lui a déjà avoué qu’elle trichait sur les « litanies institutionnalisées », leur préférant des prières plus personnelles. « Parler de la guerre ? Quelle autre sœur voudrait le faire ? Sœur Marie-Aimée-de-Jésus va au devant de graves ennuis si je ne la mets pas en garde avec plus de vigueur. » L’homme sent qu’il réussirait mieux dans cette tâche en s’adressant à elle comme ami et non en qualité de chapelain.

             Après cet entretient, le prêtre ne revoit plus la religieuse pendant plusieurs jours consécutifs. Le voilà inquiet. Il croit d’abord qu’elle est fâchée. Ensuite, l’homme pense à la maladie, car il ne l’aperçoit même pas dans la cour lors des promenades estivales. À la messe du matin, il la cherche du regard, avant de l’apercevoir, tout au fond de la chapelle. Léo Vaillancourt n’est au courant de rien. Le chapelain se sent maintenant persuadé de sa faute : il a causé du chagrin à son amie. Quand Marie réapparaît, en août, il aurait le goût de presser le pas vers elle pour s’excuser. La religieuse se contente de le saluer d’un regard, sans sourire. Qu’à cela ne tienne, il oublie les convenances et avance dans sa direction.

             « Vos enfants de l’OTJ se sont bien amusés ?

             - Vous savez pourtant que je ne suis plus leur aumônier.

             - Mon petit doigt me dit que vous vous êtes quand même rendu près des garçons pour leur enseigner l’art de jouer au baseball.

             - Et vous ?

             - Quoi, moi ? Si j’ai joué au baseball ?

             - Non ! Je veux dire que… Oh ! rien… rien…

             - Il y a eu beaucoup de travail. La révérende mère m’a confié une classe d’histoire des rangs supérieurs, tout en conservant mes leçons aux petites et mes cours de pédagogie aux Normaliennes. Si j’aime l’histoire du Canada, je dois vous avouer en toute humilité que je ne suis pas experte en histoire européenne. Alors, j’ai beaucoup lu sur ce sujet, pensé à des méthodes pour faire apprendre comme il faut, tout en mûrissant quelques parenthèses amusantes. De plus, j’ai commencé la rédaction du prochain roman. Bref, je ne suis pas beaucoup sortie à cause de toutes ces tâches.

             - Je vois. Le travail représente le baume de l’âme.

             - Dieu m’a guidée dans ces multiples devoirs.

             - Je… Oui, j’en suis fort content.

             - Bonne journée, monsieur Gervais. » 

             Le jeune prêtre se sent à maintes occasions désorienté par la nature féminine, lui qui a grandi dans un monde d’hommes. Parfois, le soir venu, il va se promener sur les trottoirs de la rue des Forges pour regarder les jeunes filles. Elles semblent attirées par les militaires en campement sur le terrain de l’Exposition. Discrètement, il tend l’oreille pour entendre leurs préoccupations. À quoi bon ? Ces adolescentes ne sont pas des religieuses, ni des élèves étudiant dans un pensionnat aux règles disciplinaires rigoureuses, fermé sur le monde extérieur.

             Le chapelain rentre dans sa modeste maisonnette et révise les sermons prévus pour la semaine suivante, tout comme il complète ses lectures en vue des prochaines rencontres en qualité de guide spirituel. Il se lève toujours avant le soleil. Ce jour-là, il n’a plus sommeil depuis longtemps et décide de se tirer du lit pour prendre l’air. Charles ne sait pas trop pourquoi il passe devant la fenêtre de la cellule de sœur Marie-Aimée-de-Jésus. Il y a une faible lumière… Il devine que la religieuse écrit. Il aimerait tant la visiter. Pas à cette heure, tout de même ! Léo Vaillancourt a éveillé sa curiosité en lui disant qu’il y a plus de livres dans ce petit local que dans la bibliothèque du pensionnat. Comment arrive-t-elle à tant faire à la fois ? Lui-même ne se montre pas avare de travail. Cette femme aurait beaucoup à lui apprendre. La révérende mère lui a confié que Marie a été la couventine la plus intelligente à être passée entre ces murs et qu’elle a une capacité d’apprentissage, de mémorisation et de compréhension au-dessus de la norme. Comme cette sœur hors du commun le rend curieux !

     

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