• Marie l'enseignante

    Marie l'enseignante

    Dans le roman, on voit Marie en classe seulement au cours de la période de Trois-Rivières. La jeune religieuse met en pratique des stratégies de mise en confiance et de respect des êtres humains que sont ses élèves. Elle vise avant tout la compréhension au détriment de la mémorisation. Ses cours sont un véritable spectacle où elle bouge beaucoup, sourit et pose des gestes étonnants. Elle sème des moments de repos en ouvrant des parenthèses amusantes, si bien que les couventines la surnomment "Soeur Parenthèse." Le succès de ses approches font en sorte que ses classes deviennent des modèles de succès scolaires. Sans cesse, au cours des années, la femme réfléchira à des nouvelles méthodes, bien que ses premières aient fait école en étant publiées et souvent adoptées par d'autres enseignants. Sa grande réputation de pédagogue fera en sorte qu'au début des années 1960, elle sera appelée par le gouvernement du Québec pour faire partie d'un comité visant à mettre à jour le système éducatif, maintenant entre les mains des politiciens. (D'ailleurs, sur ce comité, on pouvait voir une religieuse.) Voici Marie en classe, au début d'une nouvelle année scolaire.

             La jeune religieuse se tient  devant sa classe avec son plancher ciré, cent fois astiqué par les sœurs converses. Monsieur Léo Vaillancourt, l’homme à tout faire des lieux, a repeint le plafond. La petite bibliothèque se dresse près du tableau noir. Tout au fond, l’immense carte géographique aidera les élèves à comprendre d’où venaient ces lointains ancêtres qui ont fait du Canada un grand pays. La jeune religieuse affiche un visage de cire en nommant les élèves une à la fois. Elles ont tant entendu parler de « Sœur Parenthèse », qui est, de prétendre les aînées, très à la mode. Pourtant, elle a l’air aussi sévère que les autres, malgré les jeunes traits doux de son visage. Les élèves maintenant identifiées, sœur Marie-Aimée-de-Jésus garde un lourd silence, et, progressivement, un sourire se dessine sur ses lèvres, provoquant ceux des fillettes, jusqu’à l’éclat de rire de la religieuse. La voilà au cœur d’une volte-face, alors qu’elle frappe le bois de son bureau avec sa grande règle aux extrémités métalliques. « De quoi riez-vous ? Répondez ! Lucienne Noël, de quoi vous amusez-vous tant ? » Les élèves relèvent le sourcil : c’est impossible qu’elle connaisse leurs noms après si peu de temps ! Lucienne se lève, bégaie qu’elle ne sait pas.

             « Il faut une raison pour rire.

             - Je l’ignore, ma sœur.

             - Votre ange gardien vous chatouille les pieds ?

             - Je ne crois pas, ma sœur.

             - Assise, Lucienne. Irène Bruneau ! Levez-vous, mademoiselle Bruneau, et dites-moi pourquoi vous avez ri.

             - Parce que, ma sœur, vous nous avez fait rire.

             - Vous ne l’avez pas cherchée très longtemps, cette réponse, mademoiselle Bruneau. Sur votre siège, s’il vous plaît. Je vais vous le dire, moi, pourquoi vous avez ri. »

             Sœur Marie-Aimée-de-Jésus marche à grands pas, légèrement courbée, tendant ses mains aux doigts raidis, arrondissant les yeux. Soudain, elle s’ancre au sol, et, les bras aux cieux, claironne d’une voix convaincue : « Vous avez ri parce que la vie est belle ! » Que de plaisirs en perspective ! Les fillettes ont entendu souvent que toutes les élèves de la Sœur Parenthèse deviennent des premières de classe, fiertés de leurs parents et promesses de récompenses en juin prochain.

     

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