• Marie et l'Histoire

    Marie et l'Histoire

    L'Histoire est la passion de Marie. Quand la révérende mère de Trois-Rivières lui enlèvera ses classes d'Histoire, notre héroïne ne sera pas contente et enseignera le français en se servant de textes extraits de manuels de la science historique. Elle vivra le rêve de sa existence au cours des années 1960, écrivant un manuel d'Histoire qui sera utilisé vers la fin de la décennie, en ayant recours à des sources d'archives qui la feront frémir. Son but poursuivi : donner plus de place aux femmes et aux petites gens. Les romans qu'elle écrira seront de nature historique, tout comme cette idée, conçue à Sept-Îles, de rencontres entres les jeunes et leurs grands-parents pour concevoir des livres de témoignages du passé.

    Voici la jeune Marie, étonnante pédagogue donnant son spectacle en classe pour convaincre ses élèves que l'Histoire leur permettra de trouver un bon mari. Le dessin ci-haut : Samuel de Champlain.

     

             La religieuse marche à petits pas le long des fenêtres, un doigt sur le menton, et, les bras tendus vers le plafond, elle tonne : « L’histoire ! L’histoire vous aidera, mesdemoiselles, à trouver un bon mari ! » Vingt regards incrédules la dardent. Marie recule d’un pas face à cette attaque, avant de sursauter et de présenter un discours devenant l’introduction générale des leçons à venir au cours de l’année scolaire. « Quel bon garçon de votre condition voudra épouser une sotte ? Quand l’esprit s’embellit de bouquets de connaissances, de toutes couleurs, le cœur s’ouvre plus facilement aux plus nobles et beaux sentiments. Se montrer aimable et jolie, c’est très peu ! Cela ne suffit pas ! L’intelligence devient un impératif. Une femme intelligente peut parler de tout et capturer à l’hameçon des sentiments les plus beaux poissons… heu, je veux dire : les plus intéressants candidats ! Je vous l’affirme, mes bien aimables élèves, que vous trouverez l’époux idéal grâce à l’histoire. Samuel de Champlain sera votre allié ! Napoléon aussi et les rois de France ! Even those British kings and queens ! Des héros ! Des vilains ! Et même des héros pas trop vilains ! Ils vous transportent partout à la fois, encore mieux qu’au cinéma, car vous pouvez les imaginer de plus belle façon que ces bonnes gens producteurs de films. Je vous connais…  Vous avez passé votre été à la salle du Cinéma de Paris ou au Capitol. J’ouvre ici une parenthèse : monseigneur nous a prodigué quelques lettres pastorales contre les dangers des vues animées et vous n’en avez eu cure. Je ne veux point manquer de respect envers notre évêque, mais je crois que son Excellence se montrerait plus flexible s’il se rendait voir des films plus souvent. Moi-même, vous savez… Pas plus tard qu’au début de juillet, j’ai enfilé ma robe secrète, chaussé mes talons hauts, me suis embellie d’un chapeau orné d’une rose et me suis présentée à la salle de la rue Saint-Maurice pour applaudir Jean Gabin. N’en parlez à personne ! Je ferme la parenthèse. Bref, ce que vous vivrez dans cette classe cette année sera davantage captivant qu’au cinéma. Il s’agira de notre film, dont le scénario s’écrira avec nos sentiments, nos connaissances, et l’intelligence de chacune d’entre vous. En juin prochain, vous serez des jeunes femmes plus cultivées qui attireront ces Gabin de jeunes messieurs, qui soupireront, entre eux : oui, elle est belle ! Oui, elle est aimable ! Mais j’adore avant tout son intelligence ! »  

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