• Marie à Sept-îles

    Marie à Sept-îles

    Suite au départ de Charles pour l'Abitibi, Marie devient morose, d'autant plus qu'on lui a enlevé ses classes d'histoire. Un changement s'imposait et la jeune religieuse est mutée à Sept-îles, avec la promotion d'un poste administratif. Pour les autorités, il s'agissait de calmer la religieuse. Dans un coin isolé, elle risque de moins faire de vagues. Parenthèse de l'auteur : je doute qu'il y avait un couvent et un pensionnat dans un aussi petit lieu que Sept-îles, mais dans un roman, c'est permis de fabuler !

    Le séjour dans cette petite ville procure le plus grand bien à Marie. D'abord, elle retrouve sa grande amie Véronique, puis la révérende mère du lieu se montre très souple face à la nouvelle. Marie connaît une certaine liberté jusqu'alors inédite. Ses réflexions pédagogiques prennent de l'ampleur et, avant tout, elle peut écrire librement à Charles, toujours en Abitibi à ce moment-là. L'épisode de Sept-Îles est l'un des plus heureux de Marie.

    L'extrait : L'arrivée de Marie dans la petite ville.

     

             L’arrivée de sœur Marie-Aimée-de-Jésus au modeste établissement de Sept-Îles, au cours de l’été 1950, a d’abord donné lieu à des touchantes retrouvailles entre la religieuse et sa grande amie sœur Véronique-du-Crucifix. Celle-ci a assuré la pédagogue que la vie est moins exigeante dans ce coin perdu de la province de Québec et que la révérende mère se montre très souple sur les règles de la communauté. Ensuite, il y a eu une fête de bienvenue donnée par les vingt religieuses du couvent, professes et converses. Que vingt ? « Ici, chacune a plusieurs tâches. Il faut savoir tout faire », avait précisé sœur Véronique-du-Crucifix. La supérieure ne cachait pas sa grande joie de recevoir la prodigieuse enseignante parmi ses filles. Quand il en avait été question avec sa consœur de Trois-Rivières, la révérende avait manifesté clairement son étonnement : « Québec, Montréal, Sherbrooke, d’accord ! Mais à Sept-Îles ? » Marie a préféré ne pas se lancer dans des théories hasardeuses pour satisfaire la curiosité de cette nouvelle supérieure.

     

             Rapidement, la nouvelle a évalué le personnel enseignant et donné quelques cours de pédagogie, en plus de tenir des entrevues pointilleuses avec chacune des maîtresses. Au début de septembre, la surprise de Marie quintuple quand elle voit arriver cinquante élèves, tous niveaux confondus. En sixième année, elle ne compte que deux fillettes. Quant aux Normaliennes, elles atteignent la quinzaine, dont une Indienne et plusieurs qui proviennent de très loin.

     

             La première lettre à Charles Gervais a été écrite le soir même de son arrivée, comme si sœur Marie-Aimée-de-Jésus brûlait depuis si longtemps de lui expliquer son silence. Le matin venu, elle avait demandé à la révérende une accompagnatrice pour aller déposer l’enveloppe dans une boîte postale. « Mais, allez-y, ma sœur ! Poussez la porte et marchez. » La réponse de l’ancien chapelain est arrivée six jours plus tard. Marie a lu cette lettre tant de fois ! Fidèle en amitié et plein d’optimisme face à l’idée d’échanger avec elle sans contraintes. Depuis, Marie collectionne ses envois, qu’elle lit avant la prière précédant le coucher.

     

             Marie, il va de soi, s’est octroyé la classe d’histoire du Canada des petites et les leçons de pédagogie aux Normaliennes. Rapidement, la tradition s’est poursuivie et voilà de nouveau la religieuse surnommée « Sœur Parenthèse. » Le fait que le groupe du primaire ne soit formé que de six filles la porte à beaucoup réfléchir sur ses méthodes. On ne peut enseigner à si peu d’élèves de la même façon qu’avec une classe de vingt-cinq pensionnaires. Il y a pourtant beaucoup de maîtresses dans les campagnes qui font face à des situations semblables. Y aura-t-il autant de méthodes que de types de groupes d’élèves ? Sûrement ! Un distingué professeur, responsable d’une chaire universitaire et devant donner des explications à soixante jeunes hommes, n’utilise sûrement pas la même approche qu’un frère d’une école de quartier ouvrier. Quelles réflexions passionnantes en perspective ! 

     

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