• Le cynisme de Charles

    Le cynisme de Charles

    Après son coup d'éclat tapageur dans la région de Murdochville, Charles est assigné à des tâches subalternes. Comme il les accomplit adéquatement, l'épiscopat lui donne une chance avec une autre cure, dans un quartier cossu de Victoriaville où, en principe, il ne causera pas de problèmes.

    Désabusé depuis Murdochville, Charles se montre très cynique à l'endroit de sa paroisse et des riches personnes qui y habitent. Ce trait de caractère n'existait pas au début du roman. Certaines remarques de Charles arrivent à scandaliser Marie, qui, tout de même, rend visite à son ami à deux reprises à Victoriaville, constatant que l'homme avait beaucoup changé. L'extrait suivant démontre très bien l'état d'esprit de Charles. (Photo ci-haut : Victoriaville au début du 20e siècle.)

             Charles doit se rendre à l’inauguration de la quatrième succursale des grandes quincailleries Maurice Poitras et Fils, afin de bénir le local. Le « Fils » de la raison sociale n’a que neuf ans, mais il vaut mieux se montrer prévoyant… Il semble d’ailleurs que la voie de fiston ait été tracée depuis longtemps par le père. En premier lieu, le prêtre a souri, avant de répondre : « Je ne sais pas. » Monsieur Poitras a sursauté, puis lui a rappelé ses titres d’importance à Victoriaville : échevin du quartier, vice-président de la commission scolaire, trésorier de la Société Saint-Jean-Baptiste, président du club Kiwanis et marguillier. « À l’Exposition agricole annuelle, on décerne aussi des rubans au plus beau bœuf d’élevage. » L’homme Poitras s’était redressé face à cette remarque de son curé et, trois jours plus tard, Charles était convoqué par l’évêque du diocèse.

             « Heureux les pauvres, car ils verront Dieu. Quant aux riches, je ne sais pas si Lucifer les tolérera longtemps en enfer. Je donnerais tout ce que je possède pour voir surgir un gréviste de Ruisseau-Danseur et un bûcheron de Lac-Parent. Je dois célébrer des mariages et des baptêmes, aussi des enterrements. Cela est très bien. Cependant, quand je dois asperger d’eau bénite un local de quincaillerie, sous la menace de mon supérieur, je me dis que travailler comme pompiste dans une station-service serait plus honorable. J’aurais le privilège d’être plus intègre. Vous auriez dû voir la grimace intérieure que j’ai lancée à monseigneur… Mon ange gardien était écroulé de rire. Au fond, j’aurais dû rendre cette grimace très concrète, car il m’aurait alors envoyé comme aumônier d’un village eskimo et j’aurais eu une grande joie au cœur en chantant sur une banquise avec ces braves pêcheurs au harpon. J’aurais même aidé leurs femmes à apprêter le poisson. L’odeur aurait été plus agréable qu’une quincaillerie bénie. Dites-moi, chère amie, est-ce que je devrai encore me rendre longtemps dans les écoles pour entendre des enfants réciter par cœur le catéchisme, sans rien y comprendre ? Est-ce que je devrai pendant des années leur vendre des images de Chinois et d’Africains, alors que je sais très bien qu’ils s’intéressent beaucoup plus aux cartes de hockey de Jean Béliveau et de Gordie Howe ? » 

     

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