• La relation épistolaire

    La relation épistolaire

    Dès le départ de Charles pour l'Abitibi, il y a un échange de lettres entre Marie et son ami. D'abord de façon facile à cause de la complicité de Léo Vaillancourt, puis plus difficile suite au décès de l'homme. Pour Charles, c'était très simple de recevoir du courrier, pour en envoyer. Pas pour Marie : tout courrier destiné à une personne de l'extérieur devait recevoir l'approbation de la direction du couvent. Le seul moment où Marie écrira librement à Charles est lors de son séjour à Sept-Iles. À Roberval, il n'en est pas question et elle cherche toutes sortes de façons d'envoyer une lettre, comme en se servant d'un peintre engagé pour des travaux. Même lorsque les deux pourront se voir, au cours des années 1960, le courrier va subsister. Chacun de leur côté, ils ont conservé toutes ces lettres reçues pendant près d'une douzaine d'années.

    Plusieurs de ces lettres sont citées dans le roman. Les échanges demeurent polis et il n'y a jamais de débordements de quelque nature que ce soit. Je cite aussi le bonheur de l'un de mettre la main sur une enveloppe envoyée par l'autre.

    Voici l'évocation de la première lettre écrite par Marie à Charles, bien que celui-ci avait communiqué avec le couvent de Trois-Rivières pour donner de ses nouvelles aux religieuses.

             Que dire ? Elle hésite. Il y a tant à écrire ! Marie sent que le prêtre est très impliqué dans sa nouvelle mission. Il a l’air radieux, sur cette photographie. Que lui importent maintenant les soucis d’une enseignante ? Ses satisfactions, peut-être… Ah non ! Cela deviendrait trop égoïste à raconter. Charles Gervais est un prêtre savant, très connaissant des philosophies théologiques et… Non plus ! Lui faire plaisir ? Des bonnes nouvelles ? Non… Oh ! mais voilà : lui parler de sa vie spirituelle, de celle de ses élèves. Il sera content et ce sujet l’incitera à donner une réponse, à prodiguer un conseil. Jadis, il lui avait gentiment reproché la tiédeur de sa foi. Lui prouver qu’elle a changée le ravira. Cependant, est-ce que ce serait mentir ? Si difficile d’écrire cette lettre ! Sœur Marie-Aimée-de-Jésus n’a pas souvent l’occasion de se prêter à cet exercice, sa famille habitant la même ville que le couvent. Elle a envoyé quelques lettres à son amie sœur Véronique-du-Crucifix, installée à Sept-îles, et c’est tout… Elle enseigne pourtant l’art épistolaire à ses élèves.

             Six jours pour écrire une lettre. Six ! Et quand l’enveloppe est en route, Marie regrette certaines phrases… Que va-t-il penser ? Il ne lui répondra pas. Il oubliera. La tâche de chapelain au couvent des Sœurs de l’Adoration- du- Sacré-Cœur n’aura été qu’une étape dans sa vie. Marie sait profondément que jamais elle ne pourra l’oublier. Son cœur ne le peut pas. Elle pense tant à lui à chaque fois qu’elle écrit, sans oublier les confessions, se rappelant sa belle voix, contrastant avec celle criarde du nouveau prêtre.

     

    « La révolte de Charles à MurdochvilleMarie et l'Histoire »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :