• Amour

    Amour

    Les bonnes soeurs est un roman d'amour. Cependant, vous n'y croiserez aucun baiser, aucun débordement émotif, pas de pensée de chair ni de désir, et pas plus de déclarations d'amour. Platonique, en somme ! Cependant, les attitudes de Marie et de Charles, leurs angoisses, leurs pensées, leurs joies sont tout à fait celles de l'amour. L'extrait suivant devrait vous convaincre.

     

             Charles se rend au bureau de poste tous les jours. La postière collectionne les calendriers depuis trente ans et en épingle sur tous les murs, ce qui donne au lieu une apparence étrange. Curieuse, la femme veut tout le temps savoir qui peut écrire au curé. Charles aimerait la corriger de ce défaut, mais il se dit que cette attitude fait un peu partie du folklore de ce métier, dans les campagnes. Ce qui vient de l’extérieur fascine  ses paroissiens, éveille leur curiosité. La femme a remarqué que le prêtre se presse de regarder la provenance des lettres et quand il s’agit de Sept-îles, il sort toujours rapidement. Elle le voit alors accélérer le pas vers son presbytère. Aujourd’hui : une grande enveloppe ! La postière pense que le prêtre va sûrement courir à toutes jambes. « Not’ bon curé, c’est un savant ! J’te dis qu’y moisira pas longtemps en Abitibi pis qu’un monseigneur va l’envoyer dans un grand séminaire, pour montrer le bon Dieu aux jeunes », assure-t-elle à son mari, habile joueur de troisième but des Parfaits. Une enveloppe ! Mais quoi donc Marie peut-elle lui faire parvenir ? Sans doute un article de revue qu’elle a signé. Quand il voit la photographie de la religieuse, il sursaute en s’exclamant « Oh ! » Il la regarde longtemps, heureux. Il a l’impression que les yeux souriants de Marie le saluent avec chaleur.

             « Regardez, Georgine. C’est elle.

             - Voilà une belle photographie, monsieur le curé.

             - Je ne sais pas comment elle a pu obtenir l’autorisation pour se rendre chez un photographe, mais comme je vous l’ai souvent fait remarquer, personne ne peut lui résister.

             - Sauf la révérende mère du couvent de Trois-Rivières.

             - Sœur Marie-Aimée-de-Jésus deviendra un jour une directrice de couvent. C’est une femme très intelligente.

             - Votre joie fait plaisir à voir, monsieur le curé.

             - Vous savez, des relations aussi passionnantes entre un homme et une femme sont si rares, encore plus entre un prêtre et une religieuse. Je remercie souvent le bon Dieu de m’avoir fait connaître une personne aussi extraordinaire.

             - Vous trouvez qu’elle me ressemble ?

             - Regardez ses yeux. Les mêmes beaux yeux que les vôtres.

             - Monsieur le curé, vous m’embarrassez. Depuis quand regardez-vous les yeux des maîtresses d'école ? » 

             L’humble enseignante sent que l’affection du prêtre ne lui est pas réellement destinée. Il pense plutôt à cette sœur. L’homme retourne vite au presbytère, se demandant s’il devra afficher la photographie dans son bureau. La décision surgit rapidement : ce serait plus sage de ne pas prendre cette initiative. Des gens poseraient trop de questions. Il regarde encore et encore ce précieux cadeau, avant de le ranger dans un tiroir, se promettant d’aller à la ville pour acheter une vitre et un cadre. Il s’empresse de prendre la plume pour la remercier. Pas trop vite, tout de même… Des débordements de sentiments ne seraient pas dignes d’un prêtre.

     

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