• Personnnage : Georges

    Georges est un personnage important, n'apparaissant que dans la dernière partie du roman. Chapelain du couvent de Sherbrooke, ce jeune prêtre utilise un scooter, écoute les disques de Bob Dylan, n'habite pas un presbytère, mais un logement ouvrier. Il préfère les discussions aux confessions. Fin psychologue, il constatera que Marie est une femme ayant beaucoup de problèmes et lui viendra en aide. Il l'incitera à quitter le voile pour que son coeur puisse s'exprimer librement. Photo ci-haut : le comédien Claude Laydu dans le film Journal d'un curé de campagne (1951).

     

             « Je crois que si je devrais vous désigner un gros péché officiel, Marie, ce serait celui d’orgueil.

     

             - Moi, orgueilleuse ? Allons donc, Georges !

     

             - Je ne vous connais pas depuis longtemps, mais je suis certain que vous avez péché par orgueil au moins une douzaine de fois.

     

             - Alors, à la prochaine confession, j’avouerai ma faute et vous me donnerez l’absolution.

     

             - Dix minutes après les prières, vous recommencerez. Venez à la maison et nous en parlerons à cœur ouvert.

     

             - Je ne tiens pas à des rencontres hors des murs du couvent.

     

             - Je suis votre chapelain n’importe où. Vous êtes servante de Dieu, je suis votre guide spirituel, le prêtre qui vous offre les messes et les confessions. J’accomplis mon devoir pour que toutes les âmes vivent en paix, que mes frères et sœurs de la planète trouvent la sérénité. Ce qui se passe dans le confessionnal est une règle de l’Église, mais, au fond, ça n’a pas beaucoup de portée. Une discussion d’adulte à adulte donne souvent de meilleurs résultats.

     

             - Décidément, j’ai beaucoup de mal à comprendre les prêtres à gogo…

     

             - Je ne suis pas un prêtre à gogo, mais un curé psychédélique groovy. Alors, cessez de vous montrer orgueilleuse et venez chez moi.

     

             - Moi, orgueilleuse ? »

     

             Toutes les religieuses du couvent apprécient ce jeune prêtre si différent. « Tellement gentil », d’avouer les aînées, « Si ouvert », de préciser les jeunes. Toujours de bonne humeur, souriant sans cesse, faisant preuve d’humour et de délicatesse. Les qualificatifs n’en finissent plus de pleuvoir. Sœur Marie-Aimée-de-Jésus se montre souvent agacée par la franchise de l’homme. « Vous étiez une sœur progressiste de l’époque duplessiste et la Révolution tranquille a fait de vous une conservatrice. Historiquement, c’est le contraire qui aurait dû se produire. » Suite à chaque rencontre, Marie pleure toujours. Pour sa part, Georges trouve chez elle un beau défi afin de compléter ses connaissances en psychologie. Persuadé qu’elle cache de très grands secrets ! Il a poussé l’audace jusqu’à mener une enquête auprès de la mère supérieure du couvent de Québec, qui n’a pas mis des gants blancs pour avouer que son ancienne collègue « a vu sa tête gonfler dix fois depuis que des politiciens ont fait appel à elle pour déformer... pardon : pour réformer le monde de l’éducation. Elle s’est parfois comportée avec une arrogance détestable auprès des autres. »

     


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  • Amour

    Les bonnes soeurs est un roman d'amour. Cependant, vous n'y croiserez aucun baiser, aucun débordement émotif, pas de pensée de chair ni de désir, et pas plus de déclarations d'amour. Platonique, en somme ! Cependant, les attitudes de Marie et de Charles, leurs angoisses, leurs pensées, leurs joies sont tout à fait celles de l'amour. L'extrait suivant devrait vous convaincre.

     

             Charles se rend au bureau de poste tous les jours. La postière collectionne les calendriers depuis trente ans et en épingle sur tous les murs, ce qui donne au lieu une apparence étrange. Curieuse, la femme veut tout le temps savoir qui peut écrire au curé. Charles aimerait la corriger de ce défaut, mais il se dit que cette attitude fait un peu partie du folklore de ce métier, dans les campagnes. Ce qui vient de l’extérieur fascine  ses paroissiens, éveille leur curiosité. La femme a remarqué que le prêtre se presse de regarder la provenance des lettres et quand il s’agit de Sept-îles, il sort toujours rapidement. Elle le voit alors accélérer le pas vers son presbytère. Aujourd’hui : une grande enveloppe ! La postière pense que le prêtre va sûrement courir à toutes jambes. « Not’ bon curé, c’est un savant ! J’te dis qu’y moisira pas longtemps en Abitibi pis qu’un monseigneur va l’envoyer dans un grand séminaire, pour montrer le bon Dieu aux jeunes », assure-t-elle à son mari, habile joueur de troisième but des Parfaits. Une enveloppe ! Mais quoi donc Marie peut-elle lui faire parvenir ? Sans doute un article de revue qu’elle a signé. Quand il voit la photographie de la religieuse, il sursaute en s’exclamant « Oh ! » Il la regarde longtemps, heureux. Il a l’impression que les yeux souriants de Marie le saluent avec chaleur.

             « Regardez, Georgine. C’est elle.

             - Voilà une belle photographie, monsieur le curé.

             - Je ne sais pas comment elle a pu obtenir l’autorisation pour se rendre chez un photographe, mais comme je vous l’ai souvent fait remarquer, personne ne peut lui résister.

             - Sauf la révérende mère du couvent de Trois-Rivières.

             - Sœur Marie-Aimée-de-Jésus deviendra un jour une directrice de couvent. C’est une femme très intelligente.

             - Votre joie fait plaisir à voir, monsieur le curé.

             - Vous savez, des relations aussi passionnantes entre un homme et une femme sont si rares, encore plus entre un prêtre et une religieuse. Je remercie souvent le bon Dieu de m’avoir fait connaître une personne aussi extraordinaire.

             - Vous trouvez qu’elle me ressemble ?

             - Regardez ses yeux. Les mêmes beaux yeux que les vôtres.

             - Monsieur le curé, vous m’embarrassez. Depuis quand regardez-vous les yeux des maîtresses d'école ? » 

             L’humble enseignante sent que l’affection du prêtre ne lui est pas réellement destinée. Il pense plutôt à cette sœur. L’homme retourne vite au presbytère, se demandant s’il devra afficher la photographie dans son bureau. La décision surgit rapidement : ce serait plus sage de ne pas prendre cette initiative. Des gens poseraient trop de questions. Il regarde encore et encore ce précieux cadeau, avant de le ranger dans un tiroir, se promettant d’aller à la ville pour acheter une vitre et un cadre. Il s’empresse de prendre la plume pour la remercier. Pas trop vite, tout de même… Des débordements de sentiments ne seraient pas dignes d’un prêtre.

     


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  • Transgressions

    Tout le temps que Charles a été chapelain au couvent de Trois-Rivières, il a cherché à contourner les règles afin de voir ou de s'entretenir avec Marie. Elle a eu la même attitude. Ajoutons la complicité de Léo Vaillancourt. Dans les trois cas, malgré la prudence, tout ceci a fini par être noté par les religieuses et la direction du lieu. Trois exemples : Léo Vaillancourt fait en sorte que les deux religieux se rencontrent dans la cuisine des converses. Marie accompagne sans autorisation des soeurs vers la maisonette de Charles. Ce dernier profite de la fin des confessions pour parler amicalement avec Marie. Les religieuses vivant dans un milieu très réglementé et discipliné, les initiatives du trio paraissent gauches et inciteront les autorités du diocèse à muter Charles très loin de Trois-Rivières, c'est à dire en Abitibi.

    Dans l'extrait suivant, Charles se sert maladroitement de la religion pour transgresser l'intimité de Marie et entrer dans sa cellule, sous prétexte de la confesser parce qu'elle est malade.

             « Personne n’échappe à la confession, révérende mère.

             - Monsieur Gervais, nous connaissons notre devoir et nous y sommes fidèles avec la plus grande foi.

             - Et notre romancière ? Si vous croyez que je n’ai pas noté son absence, vous vous trompez.

             - La pauvre est alitée mais je puis vous assurer que malgré son mal, elle a été réveillée en même temps que les autres et qu’elle a offert à Dieu ses prières à l’heure de la messe.

             - Malade ? Dessein du diable ! La confession devient de première nécessité.

             - Je vais la faire transporter à l’infirmerie.

             - Il faut la confesser tout de suite.

             - Dans sa cellule ? C’est que notre règle…

             - Et si elle mourait, le temps de la déplacer ?

             - Je vous obéis, monsieur Gervais. »

             La mère supérieure lève les yeux vers le plafond, pensant : « Comme si nous ne savions pas que sœur Marie-Aimée-de-Jésus est la favorite du chapelain. » En entrant dans le lieu clos et secret, Charles pense tout de suite à la description faite par Léo Vaillancourt : des livres et des livres partout. Joli péché de la mère supérieure : Marie est si profondément endormie qu’elle n’a assurément pu se lever pour prier à chaque instant de la durée de la messe. Elle secoue l’épaule de la malade. Sœur Marie-Aimée-de-Jésus sursaute en voyant le prêtre. Elle monte immédiatement la couverture jusqu’à son cou. Le bonnet de nuit, déplacé, laisse légèrement paraître ce que le prêtre n’avait jamais osé imaginer : la couleur noire de cheveux de la religieuse. La table de chevet déborde de papiers mouchoirs, causant un désordre entre un verre d’eau et une bouteille de sirop. La confession appelle à l’intimité.

             « Ce n’était pas nécessaire, monsieur Gervais.

             - Pas nécessaire ? Et si Dieu vous emportait ?

             - Vous devriez savoir qu’à l’image de celles de ce couvent, je prie toujours et demande pardon pour mes péchés à Notre Seigneur, avant de me coucher. De plus, vous savez que les péchés que je viens de vous confesser n’étaient que des…

             - C’était nécessaire.

             - Vous accomplissez votre devoir. Je vous comprends.

             - Prenez soin de vous et écoutez la sœur garde-malade », fait-il en lui prenant affectueusement la main.

             Marie l’assure que ses grippes, si violentes soient-elles, ne durent jamais longtemps. Il lui laisse la main pour la poser sur son front. « Vous bouillez de fièvre. » Faux ! Marie le laisse faire, devinant qu’elle va souvent penser à la chaleur de ce toucher, au scénario qu’il a dû expliquer à la révérende mère pour satisfaire sa grande curiosité de voir les livres de sa cellule. En même temps, l’enseignante craint que la femme n’enquête sur les relations entre les deux religieux. Il devient alors impératif de les espacer, de les rendre très discrètes.

     


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  • La part de l'auteur

    Cent, deux cents fois, lors de mes participations aux salons du livre, des lecteurs et lectrices m'ont demandé : "C'est vous, n'est-ce pas?" en parlant d'un personnage, nommant aussi mon père, mon grand-père, etc. Comme si tout roman devait obligatoirement devenir une autobiographie. Eh non ! Les personnages sont des comédiens et je suis leur metteur en scène. Cependant, il y a parfois un peu de soi dans les attitudes, les opinions. Je partage avec Marie une passion pour l'Histoire, ainsi que l'opinion suivante qu'elle confie au chapelain Georges. Hors cela, ce roman est bel et bien une fiction, une création.

             « J’écris une suite. On me l’a demandé. En premier lieu, cette idée ne m’enthousiasmait pas, mais, en fin de compte, je retrouve ainsi un peu de ma jeunesse.

             - C’est merveilleux, Marie ! Plusieurs femmes de ma paroisse ne jurent que par votre téléroman.

             - Je sais que beaucoup de gens ne font rien d’autre de leurs soirées que de regarder la télévision et laissez-moi vous assurer, Georges, que cette surenchère m’inquiète. Ce n’est pas ainsi qu’on forme un peuple éveillé. Les gens finiront par ne plus pouvoir penser et juger par eux-mêmes, répétant sans cesse ce qu’ils auront entendu à la télé et…

     


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  • Baseball

    Le roman débute avec une balle de baseball sifflant sous le nez de Marie et se termine par une allusion à ce sport, sans oublier que Charles et Marie, devenus laïcs, se pressent au stade de Trois-Rivières pour applaudir les Aigles de la ligue Eastern. Il y a aussi une allusion aux Expos de Montréal naissants, à Jackie Robinson, aux Yankees de New York, sans oublier que le bedeau de Charles à Victoriaville est un ancien joueur et que le jeune Charles surnomme Marie "Soeur baseball." Celle-ci, petite, jouait avec ses frères et sait très bien comment lancer une balle ! Enfin, la réussite de Charles en Abitibi a été de créer une équipe, les Parfaits, afin de rassembler ses fidèles.

    Pourquoi ? D'abord, ce n'est pas la première fois que ce sport est utilisé dans mes romans, car je suis un profond admirateur de cette activité merveilleuse. Ensuite, j'ai cru que ces références au baseball dans le cadre d'un roman où les deux vedettes sont des religieux ajouterait une touche d'originalité. Pour l'anecdote, je signale que quelques unes des premières pages de ce roman ont été écrites au stade de Trois-Rivières, en septembre 2006. L'extrait suivant est le début du roman.

             « Mais c’est une balle de baseball ! Regardez, ma sœur : une balle de baseball ! » La religieuse, hors de souffle, enlève sa main droite reposant sur son cœur, la joint à la gauche pour offrir tout de suite au Seigneur une prière pour le remercier de ne pas avoir reçu ce projectile dans le visage. Il lui a soufflé sous le nez et jamais elle n’avait vécu une telle émotion.

             « Je me demande qui a bien pu lancer cette balle.

             - Des voyous, sœur Marie-Aimée-de-Jésus ! Des voyous !

             - Voilà une accusation qui ne vous honore point, sœur Thérèse-de-la-Providence. Les enfants peuvent s’amuser sans pour autant être serviteurs de Lucifer. La distance me semble tout de même appréciable entre notre jardin et la rue… Regardez ! Voilà la réponse qui approche de la clôture. Voyou ? C’est un religieux. Attendez… Je vais lui offrir une surprise, à notre athlète en soutane.

             - Sœur Marie-Aimée-de-Jésus, vous n’allez tout de même pas vous abaisser à lancer ce jouet… »

             La frêle jeune religieuse lève légèrement la jambe droite pour mieux donner de la force à son bras. La balle franchit la clôture avec facilité, atterrissant à quelques pas du religieux. Il lève la tête aussitôt, fronçant les sourcils, se disant qu’il est impossible qu’une des sœurs ait pu lancer avec une telle force. Sœur Marie-Aimée-de-Jésus approche à pas saccadés, sous les protestations de sa compagne. Les voilà près du grillage sévère de la clôture. Le jeune prêtre, au physique imposant, fait bondir la balle d’une main à l’autre, alors qu’une grappe d’enfants réclame l’objet en miaulant.

     


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