• Personnage : Marie

    Soeur Marie-Aimée-de-Jésus est le personnage vedette de ce roman. Femme dynamique, passionnée d'Histoire et de pédagogie, Marie ne craint aucun défi et désire sans cesse se surpasser. Créatrice, elle fait preuve d'une détermination qui semble parfois agaçante pour son entourage, d'autant plus qu'elle a droit à des faveurs, elle qui n'est pas une Catholique éveillée. Fille unique d'une famille ouvrière, Marie est une intellectuelle pragmatique, une travailleuse ne s'accordant jamais de repos. Marie a une attitude de conquérante dans tout ce qu'elle entreprend. Une fois, une seule, dans le roman, elle démontre une sensibilité toute féminine face au chagrin d'amour d'une de ses élèves, bien que l'émotion ne soit pas exclue de son caractère, particulièrement face aux démissions de son ami Charles, au cours des années 1960.

    Devenue femme publique à cause de son implication dans l'équipe formée par le gouvernement du Québec pour proposer de nouvelles avenues dans le monde de l'éducation, Marie devient alors arrogante et curieusement conservatrice. Des épreuves dans une de ses classes lors de son séjour à Sherbrooke et les interventions éclairées du jeune chapelain du lieu feront en sorte que Marie trouvera le bonheur réel et la paix de l'âme, mais comme laïque, près de son ami Charles.

    L'extrait suivant, se déroulant à Sept-îles, montre très bien l'attitude de conquérante de Marie.

     

             Ces aspects de la vie sociale font aussi partie de l’histoire, même s’ils ne trouvent jamais place dans les livres officiels et les manuels scolaires. Depuis longtemps, Marie se sert d’un récit de traversée d’un français venu ici au temps de la colonie, afin de pimenter les descriptions ternes et convenues du livre d’histoire du Canada. Les élèves ont toujours apprécié les passages sur le mal de mer, la mauvaise nourriture et les conditions pénibles sur le navire.

     

             Suite à cette discussion, Marie décide d’ouvrir les portes du pensionnat aux grands-parents des élèves. Aucun père, pas une mère : que les vieux ! Ainsi, l’histoire parlera par les voix de ces braves personnes. Les élèves chanteront, joueront la comédie et auront préparé un goûter afin de leur plaire. Petites et grandes poseront des questions précises, afin de préparer une composition, qui servira autant à Marie qu’aux enseignantes de français.

     

             « C’est une bonne idée que de répéter cette initiative enrichissante dans tous les pensionnats de notre congrégation et de faire publier les résultats. D’une part, ce sera un beau souvenir pour les familles impliquées et beaucoup de ventes assurées. Puis, ce sera une expérience pratique pour tout ce que nous leur enseignons : avoir l’esprit de concision, écrire un français de qualité, sans oublier que cette activité jettera un pont d’amitié entre les jeunes filles de régions éloignées les unes des autres. Les gens de tous les coins de la province verraient que les Sœurs de l’Adoration- du- Sacré-Cœur font davantage qu’instruire leurs filles.

     

             - Savez-vous ce que j’ai noté dans tout ce que vous me dites, sœur Marie-Aimée-de-Jésus ?

     

             - Je vous écoute, ma mère.

     

             - Vous n’avez pas dit que ce serait une bonne idée, mais que c’est une bonne idée.

     

             - Je n’avais pas pensé à cette nuance.

     

             - J’ai aussi remarqué ce désir de s’extérioriser.

     

             - Il y a peu de gens qui viennent vers nous. Alors, il faut aller vers eux. Je vous en parle, révérende mère, car je sais que vous êtes une femme de progrès.

     

             - Contrairement à ma collègue de Trois-Rivières, n’est-ce pas ?

     

             - Elle avait aussi des qualités. Cependant, pour être franche, mon assignation ici est la meilleure chose qui me soit arrivée.

     

             - Les idées se bousculent, sœur Rebelle.

     

             - Les idées ont besoin de latitude afin de porter fruits. Cependant, si vous me permettez, ma mère, je n’aime pas tellement ce surnom de sœur Rebelle dont vous m’affublez. Mes idées sont avant tout positives.

     

             - Peut-être préférez-vous alors sœur Baseball ?

     

             - Heu…

     

             - Mettez-moi tout ça sur papier et j’étudierai la question dans des délais raisonnables. N’oubliez pas qu’un tel projet implique aussi la direction de tous les autres pensionnats et les diocèses de leurs régions.

     

             - J’ai des lettres préparées pour ces personnes, ma mère. » 

     

     

      


    votre commentaire
  • Personnage : Charles

    Charles Gervais est le fils d'une famille ouvrière canadienne établie dans une petite ville industrielle de Nouvelle-Angleterre. Cette origine modeste transparaît alors qu'il a du mal à se faire entendre par les fils de riches d'un séminaire et quand il traite avec mépris ses paroissiens favorisés de Victoriaville. L'homme, au début du roman, apparaît parfois hautain, ayant la réputation d'un théologien. Peu à peu, un certain naturel reprendra le dessus, à mesure qu'il se frottera à des gens simples. Cet homme au physique athlétique a une grande passion : le baseball !

    Charles Gervais prend peu de décisions. Plus que souvent, il emprunte des idées aux théories de la pédagogue Marie. Plus tard, il vivra un certain complexe face à la religieuse savante. D'une certaine passivité enrobée de religiosité, Charles deviendra un homme sarcastique, cynique, plus terre à terre.

    Très vite, il est fasciné par Marie. L'extrait suivant, lors de sa tâche comme chapelain du couvent de la congrégation de Marie, le prouve très bien.

             Le prêtre doit se faire violence et user de son autorité envers celle dont il apprécie tant les visites, même si elles violent souvent la règle spécifiant que les religieuses doivent toujours se déplacer en duo. Il garde le secret, car lui-même a déjà tenté de la rencontrer en tête à tête, loin du regard des autres. Charles Gervais a depuis longtemps compris que son amie n’était pas la plus dévote des religieuses. Marie lui a déjà avoué qu’elle trichait sur les « litanies institutionnalisées », leur préférant des prières plus personnelles. « Parler de la guerre ? Quelle autre sœur voudrait le faire ? Sœur Marie-Aimée-de-Jésus va au devant de graves ennuis si je ne la mets pas en garde avec plus de vigueur. » L’homme sent qu’il réussirait mieux dans cette tâche en s’adressant à elle comme ami et non en qualité de chapelain.

             Après cet entretient, le prêtre ne revoit plus la religieuse pendant plusieurs jours consécutifs. Le voilà inquiet. Il croit d’abord qu’elle est fâchée. Ensuite, l’homme pense à la maladie, car il ne l’aperçoit même pas dans la cour lors des promenades estivales. À la messe du matin, il la cherche du regard, avant de l’apercevoir, tout au fond de la chapelle. Léo Vaillancourt n’est au courant de rien. Le chapelain se sent maintenant persuadé de sa faute : il a causé du chagrin à son amie. Quand Marie réapparaît, en août, il aurait le goût de presser le pas vers elle pour s’excuser. La religieuse se contente de le saluer d’un regard, sans sourire. Qu’à cela ne tienne, il oublie les convenances et avance dans sa direction.

             « Vos enfants de l’OTJ se sont bien amusés ?

             - Vous savez pourtant que je ne suis plus leur aumônier.

             - Mon petit doigt me dit que vous vous êtes quand même rendu près des garçons pour leur enseigner l’art de jouer au baseball.

             - Et vous ?

             - Quoi, moi ? Si j’ai joué au baseball ?

             - Non ! Je veux dire que… Oh ! rien… rien…

             - Il y a eu beaucoup de travail. La révérende mère m’a confié une classe d’histoire des rangs supérieurs, tout en conservant mes leçons aux petites et mes cours de pédagogie aux Normaliennes. Si j’aime l’histoire du Canada, je dois vous avouer en toute humilité que je ne suis pas experte en histoire européenne. Alors, j’ai beaucoup lu sur ce sujet, pensé à des méthodes pour faire apprendre comme il faut, tout en mûrissant quelques parenthèses amusantes. De plus, j’ai commencé la rédaction du prochain roman. Bref, je ne suis pas beaucoup sortie à cause de toutes ces tâches.

             - Je vois. Le travail représente le baume de l’âme.

             - Dieu m’a guidée dans ces multiples devoirs.

             - Je… Oui, j’en suis fort content.

             - Bonne journée, monsieur Gervais. » 

             Le jeune prêtre se sent à maintes occasions désorienté par la nature féminine, lui qui a grandi dans un monde d’hommes. Parfois, le soir venu, il va se promener sur les trottoirs de la rue des Forges pour regarder les jeunes filles. Elles semblent attirées par les militaires en campement sur le terrain de l’Exposition. Discrètement, il tend l’oreille pour entendre leurs préoccupations. À quoi bon ? Ces adolescentes ne sont pas des religieuses, ni des élèves étudiant dans un pensionnat aux règles disciplinaires rigoureuses, fermé sur le monde extérieur.

             Le chapelain rentre dans sa modeste maisonnette et révise les sermons prévus pour la semaine suivante, tout comme il complète ses lectures en vue des prochaines rencontres en qualité de guide spirituel. Il se lève toujours avant le soleil. Ce jour-là, il n’a plus sommeil depuis longtemps et décide de se tirer du lit pour prendre l’air. Charles ne sait pas trop pourquoi il passe devant la fenêtre de la cellule de sœur Marie-Aimée-de-Jésus. Il y a une faible lumière… Il devine que la religieuse écrit. Il aimerait tant la visiter. Pas à cette heure, tout de même ! Léo Vaillancourt a éveillé sa curiosité en lui disant qu’il y a plus de livres dans ce petit local que dans la bibliothèque du pensionnat. Comment arrive-t-elle à tant faire à la fois ? Lui-même ne se montre pas avare de travail. Cette femme aurait beaucoup à lui apprendre. La révérende mère lui a confié que Marie a été la couventine la plus intelligente à être passée entre ces murs et qu’elle a une capacité d’apprentissage, de mémorisation et de compréhension au-dessus de la norme. Comme cette sœur hors du commun le rend curieux !

     


    votre commentaire
  • Personnage : Léo Vaillancourt

    L'homme à tout faire du couvent de Trois-Rivières : réparateur, plombier, peintre, menuisier, électricien, etc. Tout en respectant les règles du lieu, Léo se permet des familiarités, comme surnommer Marie "P'tite soeur" et une autre religieuse "P'tit Boutte". Ami avec Charles, il se rend avec le prêtre au stade de baseball et lui raconte des secrets sur Marie. Inversement, celle-ci apprend quelques faits sur Charles par l'entremise de Léo. Au départ de Charles pour l'Abitibi, c'est Léo qui reçoit le courrier de l'exilé et qu'il refile en douce à la religieuse. Léo Vaillancourt meurt suite à un bête accident, laissant Marie désemparée. C'est le seul personnage à qui j'attribue un langage populiste. Je signale que mon grand-père parternel exerçait le métier de Léo.

     

              « Il a trois frères pis deux sœurs. Ils vivent tous encore aux États, sauf un frère qui a une terre au Lac Saint-Jean.

     

             - Une belle famille. Quel dommage de voir tant de nos concitoyens ne jamais revenir des États-Unis.

             - J’avais un oncle aux États pis quand y nous visitait, il disait que tous les Canadiens de là-bas parlaient français, étaient encore catholiques. Charles m’a raconté que ça a tendance à ne plus être comme ça.

             - Vous l’appelez par son prénom ?

             - Y m’appelle Léo. Pas de gêne, entre chums. En tout cas, p’tite sœur, si vous voulez savoir aut’ chose, ne vous gênez pas pour me le demander.

             - Que ceci soit notre secret, monsieur Vaillancourt. »

     

             L’homme à tout faire représente le journal parlé du couvent. Il partage beaucoup de secrets avec des religieuses, surtout chez les converses. Le couvent forme une société en soi, en grande partie coupée de l’actualité sociale, afin que les religieuses ne se consacrent qu’à leurs devoirs. Léo Vaillancourt a depuis longtemps appris ce qu’il a le droit de révéler aux sœurs, à voix basse, très discrètement. Un grand événement peut être cité, mais surtout pas des batailles de politiciens, ni de crimes odieux. Rien qui ne serait futile. Quand une religieuse sort, on la prie de regarder devant elle et de ne parler que si on lui adresse la parole. Marie a souvent brisé cette règle, mais ne fut jamais trahie par ses accompagnatrices. Elles connaissent son caractère curieux et son jeune âge.

     

     

     


    votre commentaire
  • Personnage : Véronique-du-Crucifix

    Un personnage rafraichissant qui apparaît sporadiquement dans le roman : lors de l'épisode de Trois-Rivières, à Sept-îles et vers la fin. Soeur Véronique-du-Crucifix, musicienne, est une amie d'adolescence de Marie. Elles sont devenues religieuses en même temps. Elle représente la seule soeur que Marie peut considérer comme une amie. Espiègle, Véronique aime jouer des tours et parler d'une façon étonnante, surtout pour évoquer des joyeux écueils de la vie extérieure, entre autres la vie dans les bas-fonds. Bien sûr, je doute qu'une religieuse s'exprimait ainsi, mais dans un roman, je me donne cette permission pour ajouter un peu de fraîcheur. Véronique cache un certain secret intime qui s'exprime dans la scène suivante... La photo : la comédienne Audrey Hepburn.

     

             Marie se sent triste de quitter ce coin de la province, mais heureuse en pensant que des tâches plus importantes l’attentent. Elle confie ces sentiments à son amie Véronique-du-Crucifix.

     

             « Je me suis beaucoup épanouie à Sept-Îles. La petitesse du lieu m’a apporté plus de liberté, idéale pour faire grandir la confiance. Pourtant, humblement, je n’en manquais pas à Trois-Rivières. Maintenant, je me sens davantage autonome. De plus, le fait qu’il y avait si peu d’élèves dans les classes m’a permis de pousser plus loin mes réflexions sur les approches pédagogiques et sur ma stratégie concentrée sur les élèves au lieu de la matière d’enseignement.

     

             - Je suis très heureuse que vous ayez de belles pensées pour notre couvent. Je me sens honorée d’être votre amie, sœur Marie-Aimée-de-Jésus. Je vais m’ennuyer de vous.

     

             - Merci, sœur Véronique-du-Crucifix. Nous nous écrirons.

     

             - Ou un coup de fil interurbain en secret…

     

             - Une fois suffit, dans une vie.

     

             - Laissez-moi vous embrasser. » 

     

             Les deux baisers sur les joues sont assortis d’une étreinte qui se prolonge, rendant Marie mal à l’aise. Délivrée, la religieuse pose les yeux vers le plancher, et quand elle regarde en direction de son amie, c’est pour voir ce regard franc et ce sourire satisfait.

     

             « Vous relèverez d’autres défis dans un nouveau milieu. Le couvent de là-bas sera plus imposant et Roberval une ville plus dense. Vous aurez un plus grand choix de grills d’hôtels afin de tirer du poignet avec des ouvriers tatoués, tout en participant à leurs concours pour ingurgiter des bouteilles de bière Black Horse en moins de dix secondes.

     

             - J’y ai pensé, soyez en certaine.

     

             - Je ferai vos salutations à Jos, ce marin chauve qui vous aimait tant comme partenaire de billard. 

     

             - Ce cher Jos !

     

             - Dans tout ce tourbillon, n’oubliez pas votre statut de vedette. Françoise Gervais doit écrire un autre roman. Un beau roman d’amour ! Car l’amour, c’est ce qui habite le cœur de chaque femme, de toutes conditions. » 

     


    votre commentaire
  • Personnages : Les révérendes mères

    Ce sont des femmes d'affaires, des présidentes d'une entreprise. Elles supervisent d'autres religieuses de la hiérarchie : adminstration, comptabilité, discipline, etc. Elles sont âgées et ont acquis leur expérience en gravissant les échelons vers le sommet. Dans le roman, aucune ne porte de nom.

    Celle de Trois-Rivières se montre ouverte face à Marie, du moins jusqu'à ce que le petit jeu entre Charles, Marie et Léo Vaillancourt se révèle peu à peu. Alors, la révérende mère fait preuve d'autorité et on peut même noter une presque colère.

    Celle de Sept-îles, ravie d'accueillir Marie dans sa petite institution, se montre amicale et chaleureuse, laissant une certaine liberté à la jeune femme.

    À Roberval, la révérende mère est autoritaire et ne déroge pas d'un cil aux règles du couvent. À Québec, la femme est effrayée par les changements à venir dans le monde de l'éducation, où Marie est impliquée. Il y a peu des relations entre Marie et sa supérieure à Sherbrooke.

    L'extrait : un dialogue entre Marie et la révérende mère de Sept-îles.

     

             « Un bon spectacle, ma mère ! Pas un spectacle de sœurs.

     

             - Comment, pas un spectacle de sœurs ? Que voulez-vous dire par là ?

     

             - Que c’est toujours la même chose : musique classique au violon et au piano, chant choral d’un air de folklore canadien, réciter un poème de Crémazie, pièce de théâtre à consonance religieuse. Vous voyez ?

     

             - Mais cela plait aux gens depuis toujours et rend les élèves fières, leur permettant de vaincre la timidité.

     

             - Oui, mais ce ne sont pas là des activités artistiques qui rejoignent leurs jeunes cœurs. Ce serait plus précieux pour nos élèves si elles exprimaient ce qui leur plait, ce qui représente les jeunes filles de leur époque. Cela servirait aussi à faire croître la confiance qu’elles nous témoignent et prouverait à la population que les communautés religieuses sont dynamiques et ouvertes à la jeunesse.

     

             - Je… Je… Présentez-vous un dossier détaillé de ce projet et j’étudierai la question.

     

             - Je vais le chercher tout de suite.

     

             - Quoi ? Vous avez tout préparé sans mon autorisation ?

     

             - Ça permet de rêver, ma mère.

     

             - Oui… Évidemment, le rêve…

     

             - Attendez-moi.

     

             - Spectacle de sœurs… Spectacle de sœurs… »

     

      


    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique